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Secteur associatif en crise : la philanthropie se mobilise

9 juillet 2026

Depuis la promulgation de la loi du 1er juillet 1901, les associations sont devenues un pilier de notre modèle de société, de la vie démocratique et de la cohésion sociale en France. Pourtant, le secteur associatif est pris aujourd’hui en tenaille entre des besoins grandissants et des ressources publiques en diminution radicale. Face à cette crise, la philanthropie se mobilise pour soutenir les associations et défendre la place fondamentale qu'elles occupent dans notre société.

Les associations : piliers de la démocratie et de la cohésion sociale

Il y a 125 ans, la loi du 1er juillet 1901 ouvrait la voie au développement du monde associatif tel que nous le connaissons aujourd'hui, faisant de la liberté de s'associer un moteur essentiel de la vie citoyenne. « L'association, c'est l'acte libre par lequel des hommes [et des femmes] se réunissent pour poursuivre un but commun », déclarait son instigateur Pierre Waldeck-Rousseau. Grâce à ce texte fondateur, véritable exception culturelle française, le secteur associatif n’a cessé de se développer. Présentes dans tous les territoires et à tous les moments de la vie, les associations soutiennent, relient, permettent l’ouverture aux autres et au monde.

La France compte aujourd’hui près de 1,6 million d’associations actives, soit deux fois et demie plus que dans les autres pays d’Europe. Elles fédèrent plus de 13 millions de bénévoles et emploient 1,8 million de salariés. Plus de 70 000 associations se créent chaque année et un Français sur deux participe au monde associatif en tant que bénévole, donateur ou membre/participant 1. « Les associations sont les piliers de nos démocraties libérales et pluralistes parce qu’elles portent les intérêts intermédiaires au sein de l’espace public, assurent un ensemble de services, notamment dans l’action sociale, et créent de la cohésion au sein de la société », affirme Timothée Duverger, responsable de la Chaire TerrESS de Sciences Po Bordeaux. « Si les associations sont fragilisées, il y a un risque réel de rétractation de l’État social avec moins de services rendus, donc moins de besoins couverts et moins d’occasions d’engagement dans la société. Les conséquences indirectes peuvent être la crise politique avec vote extrême, l’abstention et, au final, l’affaiblissement de la démocratie ».

Comme Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, le soulignait lors d’un webinaire organisé sur le sujet le 16 juin dernier par l’initiative collective Racines, les associations sont le socle sur lequel repose l’action philanthropique : « Sans associations, il n’y a pas d’action d’intérêt général privée. Les fondations n’agissent jamais seules. Or, une société ne tient pas uniquement sur l’action publique et l’entreprise privée. Si l’on se contente de ce face-à-face, il manque quelque chose d’essentiel : le lien, la cohésion, la capacité à construire ensemble un projet de société autrement que par la norme ou par le marché ».

Une crise multiforme qui affaiblit tout le secteur associatif

Confrontées à une baisse continue des financements publics, les associations sont aujourd’hui gravement fragilisées. Selon une étude du Mouvement associatif publiée en 2025, 58 % des associations employeuses ont subi une diminution de leurs financements publics en 2025 et un quart d’entre elles ont été contraintes de réduire leur activité. Une situation qui a conduit à la destruction de 12 000 emplois dans le secteur associatif 2 et en menace 90 000 autres selon une estimation du Mouvement associatif.

À cette fragilisation financière du secteur s’ajoute un contexte de défiance grandissant vis-à-vis de l’action des associations. « La question n’est plus seulement de savoir comment les organisations d’intérêt général financent leurs actions mais si elles peuvent encore les mener dans un cadre qui est serein, lisible et légitime. On assiste à une remise en question de la capacité de certaines associations, mais aussi fondations, à agir dans l’espace public, à porter des causes, à expérimenter, à interpeler : l’espace civique se resserre. Il y a depuis deux ans un renforcement des complexités administratives qui visent les associations et les fondations avec une augmentation des contraintes et une extension des pouvoirs de contrôle », expliquait Laurence Lepetit, directrice générale de France générosités, à l’occasion du webinaire de l’initiative Racines.

Le Civicus Monitor, un institut de recherche qui fournit des données sur l’état de la société civile et des libertés civiques dans 196 pays, estime que l’espace civique français serait « entravé » à hauteur de 60 %, ne constituant ainsi pas un environnement favorable à l’expression des libertés civiques.

La philanthropie mobilisée

Face à cette situation, la communauté philanthropique se mobilise. L’objectif n’est pas de se substituer à l’État mais d’agir en complémentarité, en construisant des réponses avec les acteurs associatifs eux-mêmes et en encourageant la coopération et la mutualisation. La toute dernière campagne citoyenne « La France qui (se) bat », lancée le 4 juin par le Mouvement associatif et France générosités, illustre cette mobilisation (cf. encadré). Laurence Lepetit insiste sur l’importance d’agir collectivement pour soutenir le secteur : « En tant que coordination d’acteurs du secteur, nous pouvons à la fois porter des plaidoyers devant les décideurs, favoriser les coopérations et le partage de données, et mener des études prospectives sur le temps long », explique-t-elle.

La Fondation BNP Paribas, très mobilisée sur le sujet, a par exemple organisé le 6 juillet dernier un grand événement qui a rassemblé 200 acteurs de l’écosystème philanthropique et associatif, aux côtés de la Fondation de France, du Centre Français des Fonds et Fondations, de La France s'engage et d’Ashoka France. L’objectif : réfléchir collectivement pour construire le modèle économique des associations du 21e siècle, à l’occasion du 125e anniversaire de la loi de 1901.

Pour venir en aide au secteur associatif, plusieurs fondations comme la Fondation de France et la Fondation Groupe SNCF ont choisi de soutenir des dispositifs d’aide collectifs comme Prev’Asso, expérimenté depuis 2024 par Le Mouvement associatif. Il s’agit d’un dispositif d’accompagnement gratuit et personnalisé proposé aux associations employeuses en difficulté pour les aider à sortir de la crise. Déployé en 2026 dans sept régions, Prev’Asso a déjà permis d’accompagner 183 associations. Objectif 2027 : étendre le dispositif à quatre nouvelles régions.

Autre initiative collective pour venir en aide aux associations, le dispositif « Traversées », porté par le Kiif, un réseau de neuf accompagnateurs d’innovations sociales dans les territoires. Fruit d’une consultation menée auprès de 300 dirigeants d’organisations, cette initiative propose aux associations des rencontres entre pairs pour anticiper les risques en adaptant les pratiques des accompagnateurs aux nouveaux besoins.

Pour soutenir les organisations de solidarité internationale, impactées elles aussi par la forte baisse des financements publics, notamment de l’aide publique au développement, Coordination SUD, qui rassemble plus de 180 ONG françaises, a lancé un fonds d’urgence. En renfort du FRIO (Fonds de Renforcement Institutionnel et Organisationnel), ce fonds extraordinaire donne les moyens aux ONG de faire face à la crise grâce à des outils et des conseils visant à adapter leur stratégie, leur modèle économique ou leur activité pour assurer leur continuité.

Au-delà de ces initiatives collectives, les fondations adaptent leurs modalités de soutien pour mieux accompagner les associations fragilisées. L’approche fondée sur la confiance est de plus en plus privilégiée : soutiens pluriannuels, simplification des procédures et du reporting, accompagnement extra-financier pour aider les associations à adapter leurs modèles socio-économiques, flexibilité dans l’usage des fonds… « Si la situation amène les associations à faire autre chose que ce qui était prévu, c’est possible. Cela nécessite de la transparence qui est la base d’une confiance commune. En tant que mécène, nous devons faire preuve d’empathie et de souplesse. Notre responsabilité n’est pas seulement de financer une action, c’est aussi de veiller à ce que l’association puisse tenir dans le temps », explique Christophe Salmon, délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

À la Fondation Daniel et Nina Carasso par exemple, un programme d’accompagnement sur mesure a été mis en place. Nommé CARTAE, il propose aux associations un diagnostic de leurs besoins puis permet de mobiliser des expertises, des formations et des conseils stratégiques pour consolider l’activité de l’association mais aussi apporter un soutien humain aux équipes parfois à bout de souffle. 

« Comme dans la nature, les écosystèmes durables sont ceux où la biodiversité peut se maintenir. Cela nécessite de ne pas concentrer l’action sur un seul profil d’associations, celles qui seraient les plus « viables », il faut aussi se préoccuper de l’environnement dans lequel les actions s’inscrivent, de l’état général du secteur associatif et de l’espace dans lequel il peut exister, s’exprimer, expérimenter », insiste Axelle Davezac.

Selon Timothée Duverger, « la philanthropie a un rôle d'intermédiation majeur. Elle peut devenir un acteur clé des alliances pour inscrire les associations plus largement dans la société ». Une condition essentielle pour que les associations continuent, demain, à relier les citoyens et faire vivre la démocratie.

(1) La France associative en mouvement 2025, réseau Recherches & Solidarités

(2) Étude de l’Observatoire de l’ESS

« La France qui (se) bat » : tous unis pour les associations

Lancée officiellement le 4 juin et portée par le Mouvement associatif et France générosités, la campagne de mobilisation citoyenne « La France qui (se) bat » célèbre le rôle essentiel des associations et fondations dans la société française. Avec un message clair : les associations sont le cœur de la France. Les soutenir, valoriser leurs actions quotidiennes, encourager l’engagement citoyen et préserver leur liberté, c’est protéger et renforcer le lien social et la démocratie. Au programme : une campagne médias, la création d’un hymne, des défis participatifs et des événements partout en France. Cette mobilisation se poursuivra jusqu’à l’automne pour alerter les élus et les candidats à la Présidentielle sur la nécessité de soutenir le tissu associatif de notre pays.


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